Échec des sanctions contre l’Éthiopie : la « plus grande frustration » de l’année pour le chef de la diplomatie européenne
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a critiqué les États membres de l’UE pour ne pas avoir réussi à se mettre d’accord sur des sanctions à l’encontre des personnes soupçonnées de crimes de guerre dans la guerre civile en Éthiopie.
Lundi 13 décembre, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a critiqué les États membres de l’UE pour ne pas avoir réussi à se mettre d’accord sur des sanctions à l’encontre des personnes soupçonnées de crimes de guerre dans la guerre civile en Éthiopie. Il a exprimé sa frustration face à l’incapacité de l’Europe à apporter une réponse politique efficace aux « violations des droits de l’Homme à grande échelle » qui ont lieu dans le pays.
La réponse de l’UE à la guerre civile en Éthiopie a été « l’une de mes plus grandes frustrations » de l’année, a déclaré M. Borrell, Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères. Il a déclaré que l’UE n’avait pas été en mesure d’empêcher « les viols collectifs faisant de la violence sexuelle une arme de guerre, les meurtres et les camps de concentration reposant sur l’appartenance ethnique », soulignant le manque d’unanimité entre les gouvernements de l’UE.
Il est entendu que l’Allemagne est l’un des principaux États réticents à imposer des sanctions, bien que M. Borrell ait déclaré aux journalistes que « de nombreux États membres ont estimé que les sanctions n’étaient pas une solution adéquate ».
Alors que l’administration de Joe Biden aux États-Unis a imposé des sanctions en vertu de sa loi Magnitsky sur les droits de l’Homme, l’UE n’a pas suivi le mouvement au-delà du gel de 107 millions de dollars de soutien budgétaire à l’Éthiopie.
Le mois dernier, des fonctionnaires de l’UE ont confié à EURACTIV que des sanctions étaient discutées dans le cadre du régime de sanctions en matière de droits de l’Homme du bloc, mais peu de progrès ont été réalisés depuis lors.
En attendant, l’UE a continué à apporter une aide humanitaire, et ce en dépit des difficultés persistantes pour que l’aide parvienne à ceux qui en ont besoin. Selon les experts de l’aide en Éthiopie, seuls 10 % environ de l’aide parviennent à ceux qui en ont le plus besoin.
M. Borrell a reconnu que si les sanctions n’avaient pas mis fin au conflit, elles auraient selon lui « influencé le comportement des acteurs ».
Outre les multiples rapports faisant état de violations des droits de l’Homme par les deux parties au conflit, les combats ont eu des conséquences humanitaires dévastatrices. Selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, plus de 400 000 personnes seraient en situation de famine dans le Tigré. Environ 9,4 millions de personnes en Éthiopie ont désormais un besoin urgent d’aide alimentaire, a-t-il ajouté.
La guerre a fait dérailler le programme de réformes économiques et politiques, qui avait valu au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed de nombreux éloges de la communauté internationale.
La guerre civile a débuté en novembre dernier lorsque les forces fédérales sont entrées dans la province du nord du pays après que des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont lancé une attaque contre une base militaire gouvernementale.
Le gouvernement de Abiy Ahmed a ensuite réprimé sans pitié les insurgés et ignoré toutes les demandes de la communauté internationale en faveur d’un cessez-le-feu et d’un accord de paix avec le TPLF. Au lieu de cela, il a déclaré que seule une victoire militaire totale serait suffisante.
Le médiateur de l’Union africaine, Olesegun Obasanjo, et le président kenyan Uhuru Kenyatta ont dirigé les efforts régionaux pour des négociations de paix.
En début de semaine, les médias locaux ont rapporté que les forces du TPLF avaient repris la ville historique de Lalibela, dans la province voisine d’Amhara, bien que les forces gouvernementales aient également repris des villes du Tigré au cours de ces dernières semaines.
Lundi (13 décembre), la Slovénie, qui préside actuellement le Conseil de l’UE, a demandé la tenue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies sur la situation en Éthiopie.
La mission permanente de la Slovénie auprès de l’Office des Nations Unies à Genève a annoncé que plus de 50 pays ont soutenu cette demande.
Selon un communiqué de l’ONU publié lundi, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies tiendra une session spéciale vendredi sur la situation « grave » en Éthiopie à la demande de l’UE.
Le gouvernement éthiopien a réagi avec fureur à la convocation de cette session spéciale, qu’il a décrite comme une « tentative injuste et contre-productive de certains d’exercer une pression politique ».
Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a également déclaré que le Conseil des Nations Unies a ignoré les appels à enquêter sur les violations des droits de l’Homme et les atrocités commises par le TPLF dans les provinces d’Amhara et d’Afar.